J’ai pensé à toi, une collection d’oiseaux
La première photo que j’ai prise d’un oiseau mort est un souvenir un peu flou. Je ne sais plus si j’étais fascinée par l’oiseau ou par la mort. J’étais surtout émerveillée de pouvoir l’observer de si près, de prendre le temps de comprendre comment il était fait.
D’abord, j’ai fait des photos sur le terrain au cours de mes balades, puis j’ai ramené certains spécimens dans mon studio afin de réaliser d’autres types d’images. En une dizaine d’années, j’ai accumulé les corps, plumes et ossements de parulines, bruants, étourneaux, corneilles, pics-bois, goélands, fous de Bassan, juncos ardoisés, mésanges à tête noire, quiscales bronzés, gélinottes huppées et autres oiseaux victimes de chats ou de collisions avec des fenêtres.
Au fil du temps, des amis m’ont envoyé des photos de spécimens trouvés et les détails de leur emplacement, accompagnés d’un message commençant par « J’ai pensé à toi ». Ces messages sont des clins d’œil à ma pratique et aussi une volonté que ces oiseaux ne soient pas morts pour rien ; par mon travail, je pourrais leur donner une deuxième vie.
Qu’est-ce qui nous attriste autant dans la mort d’un oiseau ? Qu’est-ce qui nous fascine ? Pourquoi nos émotions sont-elles différentes selon l’état de l’oiseau : être vivant, être inanimé, éléments de collection scientifique, photographie, dessin ? Curiosité scientifique, attraction, répulsion, empathie ; les oiseaux morts nous laissent rarement indifférents. Leurs représentations artistiques sont souvent perçues comme une façon de leur rendre hommage. En même temps, elles sont des memento mori (rappels de l’inévitabilité de la mort).
La plupart du temps, ma tête et mon corps s’efforcent de vivre pleinement, les ailes grandes ouvertes. D’autres jours, le cancer semble vouloir prendre le dessus. Comme les oiseaux déstabilisés par l’illusion du vide infini devant le reflet d’une fenêtre, je risque la collision. Quel sera le prochain obstacle ? Trouver des oiseaux morts m’entraîne dans l’exploration de ma vulnérabilité de ma relation à la mort. Ces réflexions me poussent à chercher de la poésie dans toutes choses.
Expositions
Museo de la Ciudad de Mexico, expo collective « Habiter le Nord », hiver 2026
Museo de Arte Contemporáneo de Querétaro, expo collective « Habiter le Nord », été 2025
Museo Cabañas de Guadalajara, expo collective «Habiter le Nord », printemps 2025
Hangar 7826, expo solo, 27 mai au 12 mai 2024
Occurrence, dans le cadre des inéluctables, 11 avril au 8 juin 2024
VU, expo collective « Petit rien »12 janvier au 11 février 2024
Occurrence, Montréal VU, Québec Museo Cabañas de Guadalajara, Mexique @Michael Patten Hangar 7826




















