J’ai pensé à toi (encore)
Il y a une quinzaine d’années, lorsque j’ai commencé à photographier les oiseaux morts trouvés sur mon chemin, j’étais émerveillée de pouvoir les observer de près et de les identifier plus aisément. J’ai d’abord fait des photos sur le terrain, puis j’ai ramené certains spécimens dans mon studio afin de réaliser des images en environnement contrôlé. Curiosité scientifique, attraction-répulsion, empathie : les oiseaux morts nous laissent rarement indifférents. Au fil de mes recherches, je me suis intéressée aux émotions que nous éprouvons selon le statut de l’oiseau : être animé, être inanimé, élément de collection, sujet photographié.
Au fil des années, j’ai accumulé les corps, plumes et ossements d’oiseaux victimes de chats ou de collisions avec des fenêtres. Après la diffusion de certaines images, des proches m’ont envoyé des photos accompagnées de messages débutant par : « J’ai pensé à toi. » Certaines personnes m’ont aussi remis des spécimens qu’elles avaient trouvés. Par ces gestes, elles soutiennent ma pratique et manifestent une volonté que ces oiseaux ne soient pas morts en vain. Mon travail est perçu comme une façon de leur rendre hommage, de leur offrir une seconde vie.
Au début de l’année 2024, un premier corpus d’œuvres a été exposé dans plusieurs lieux. À la suite de ces événements, j’ai de nouveau reçu des messages, des images et même des oiseaux entiers. Presque partout où je suis allée, un·e ami·e m’attendait avec un être à plumes en cadeau.
La présente exposition rassemble les dons reçus durant l’été 2024 ainsi que quelques-unes de mes trouvailles. J’ai combiné ces spécimens à des livres élagués provenant des Archives nationales à Gaspé, à des couvertures de vieux ouvrages et à divers papiers empilés dans mon atelier. Ici, je fais dialoguer mémoire et collection, j’explore les rapports de textures, de couleurs et d’usure, j’examine notre rapport sensible à la vulnérabilité et à la disparition. Ces images sont aussi une manière de révéler la poésie qui subsiste en toute chose, malgré la mort.
Exposition
16e édition des Rencontres de la photographie en Gaspésie
À Percé 15 juillet au 30 septembre 2025









